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Loi d'Orientation Agricole du Mali

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Ce site est dédié à la Loi d'Orientation Agricole du Mali. Notre connaissance des différents aspects du processus associé à la LOA vient de notre implication comme acteur de la méthodologie des concertations. Nous rendons compte ici des aspects factuels et officiels du processus, mais aussi de notre point de vue particulier.

La plus grande partie de ce site est historique dans la mesure où il rend compte d'évènements qui se sont déroulés en 2005 pour les concertations, en 2006 pour l'adoption de la LOA et après pour sa mise en oeuvre. Cette dernière partie sera complétée dans la mesure des informations qui nous seront encore communiquées.

Cependant les questions soulevées lors des concertations et à l'occasion de la LOA restent d'actualité au Mali. Ces questions se posent aussi de manière proche dans les autres pays de la région. La rubrique "Analyse, proposition et débats" traite de façon ouverte de ces questions.


Edité par
avec le soutien de la Fondation Development Gateway

Concertations paysannes sur la Loi d’Orientation Agricole

Analyse des opportunités exprimées lors des concertations locales

Diré, Djenné, Fana, Kadiolo, Koulikoro, Niono et Tombouctou
Article publié le 4 septembre 2005 par Axe Formation

Analyse des opportunités : ressources humaines et naturelles, relations institutionnelles, structures et services au monde rural.

L’expression des opportunités a permis de démontrer l’existence de la quasi-totalité des éléments qui permettrait de moderniser et dynamiser le monde rural. Il ne manque que certains services qui peuvent trouver leur solution dans l’élaboration d’une véritable politique de développement rural.

Dans le cadre du processus d’élaboration de la Loi d’Orientation Agricole (LOA) du Mali, les acteurs du monde rural, réunis dans les localités lors des concertations paysannes locales, ont été amenés à exprimer leurs points de vue sur les différents thèmes dont devra traiter la LOA. A ce titre, ils ont tenté de mettre en valeur les opportunités qui s’offrent au monde rural en général, à l’agriculture et aux agriculteurs en particulier.

Ces opportunités présentent ainsi les différents types de ressources dont dispose le monde rural et infirment par là même la croyance selon laquelle les campagnes maliennes seraient si vulnérables qu’elles ne peuvent rien attendre d’elles-mêmes. Les concertations paysannes ont montré que les ruraux ont un certain nombre d’attentes et d’idées concernant la voie que devra emprunter l’agriculture malienne au cours des prochaines années. Le monde rural dispose à cet effet d’un certain nombre d’atouts qui sont autant d’opportunités à saisir pour le législateur.

Les concertations locales ont révélé que ces opportunités s’articulent autour de quatre pôles majeurs ayant chacun leur rôle à jouer dans la dynamisation des milieux ruraux : les ressources humaines, les ressources naturelles, les institutions et les structures matérielles.

Les ressources humaines

Les concertations locales ont en effet permis à un certain nombre de ressources humaines d’être identifiées. L’ensemble des concertations relève ainsi que la majorité des Maliens sont des ruraux. En conséquence le monde rural dispose de « bras valides » (Diré, Tombouctou) en abondance, y compris ceux des « jeunes ruraux » (Koulikoro) et des « femmes rurales » (Koulikoro), deux catégories de ruraux volontairement traitées de façon particulière par les concertations. Les concertations paysannes insistent par ailleurs sur la volonté des populations de valoriser leur espace de vie et leurs activités. Plusieurs concertations ont mis en avant cet état d’esprit des paysans (Diré, Fana), notant tantôt leur « prise de conscience » sur les effets néfastes de la coupe abusive du bois et l’utilité du reboisement, tantôt leur sensibilisation aux potentialités écotouristiques de l’espace rural. Les concertations notent donc, à côté de l’abondance de la main d’oeuvre, une abondance de matière grise et de compétences au sein du monde paysan. Dans certaines localités les paysans possèdent des compétences spécifiques qui pour être des opportunités doivent être valorisées ; ainsi les paysans de Fana se disent-ils bien formés sur « les itinéraires techniques de production », ceux de Kadiolo dans la production d’intrants (engrais, compost), ou ceux de Diré et Niono dans la confection de certains outils et matériaux. La diversité humaine, le nombre, l’état d’esprit des ruraux, les formations et compétences à leur disposition...autant d’éléments identifiés comme des opportunités au cours des concertations paysannes.

Les ressources naturelles

Les ressources naturelles constituent un autre ensemble d’opportunités sur lesquelles ont insisté les concertations. Il a par ailleurs été rappelé que la maîtrise des ressources naturelles (et particulièrement celle de l’eau -Djenné-) met fin à de nombreux conflits, d’où la nécessité pour la LOA de traiter de ce thème en prenant en compte les opportunités que les paysans lui ont associé. Dans un premier temps, les concertations ont mis en évidence la disponibilité de sources d’énergie peu exploitées mais potentiellement intéressantes telles que le soleil, l’eau ou le vent. L’eau n’est cependant pas uniquement considérée dans cette perspective comme une source d’énergie capable de concourir à l’électrification rurale, mais également comme une opportunité en matière d’aménagements hydrauliques (irrigation, point d’abreuvement, développement des transports fluviaux) compte tenu de la variété de la présence de cet élément : cours d’eau, fleuves, lacs, mares, eaux souterraines, eaux pluviales de l’hivernage...

A côté des sources d’énergie, les concertations ont mis en évidence l’existence d’éléments dont la présence à l’état naturel peut donner un certain nombre d’orientations quant aux aménagement dont a besoin le monde rural. Cela a été le cas à Diré où les paysans ont insisté sur l’opportunité que représente la présence de gravier, de moellon ou de sable. A Kadiolo la concertation a dans la même optique plutôt insisté sur la présence de minerais tels que les phosphates ou le calcaire, donc sur la possibilité de mettre en place au niveau local une filière d’approvisionnement en intrants agricoles. A Djenné, il s’est plutôt agit de l’importance et de la polyvalence des ressources que recèle la forêt (cueillette, médecine, biodiversité, bois de chauffe...)

D’autre part, les espaces agricoles ruraux eux-mêmes ont été considérés comme des opportunités lors des concertations paysannes. En effet à Diré, Djenné, Fana, Koulikoro, Tombouctou, d’aucun ont relevé la disponibilité de terres cultivables ou leur fertilité particulière qui les rend propices au développement de cultures adaptées (blé, fonio, mil, sorgho, bourgou, tabac..). A Kadiolo l’abondance de la production fruitière est perçue comme une chance qui est cependant gâchée par l’absence d’infrastructures de transformation. En ce qui concerne l’élevage, la concertation de Diré a insisté sur la disponibilité des espaces pastoraux ainsi que sur la ressource que constitue la variété du cheptel malien.

Enfin, certaines concertations ont choisi de mettre en valeur des éléments particuliers de l’espace rural tels que le relief (Fana) ou l’existence de bois sacrés (Kadiolo).

Les relations institutionnelles

Le développement du monde rural et de l’agriculture est possible grâce à la présence d’un certain nombre d’institutions qui ont toutes des rôles particuliers à remplir, l’essentiel étant alors leur bonne utilisation et leur effectivité quant à la mission qui leur a été assignée. Les opportunités qu’offrent ces institutions se déclinent sous plusieurs formes. De façon générale, la concertation de Tombouctou a relevé, cela constitue un préalable, que les conditions politiques sont favorables. Les concertations se sont alors attachées à mettre en évidence l’existence de textes et lois non appliquées qui, s’ils l’étaient, constitueraient une opportunité d’une importance capitale pour le monde rural. Il s’agit notamment de la charte pastorale, de conventions locales comme les conventions sur la pêche, conventions locales de gestion des activités d’élevage... Les conventions locales coutumières ne sont pas oubliées et le rôle qu’elles peuvent jouer dans les questions foncières par exemple est essentiel ; la concertation de Fana note ainsi les facilités de prêts de terres entre paysans qui peuvent en résulter.

Les concertations insistent d’autre part au niveau institutionnel sur l’existence d’institutions compétentes en matière d’orientation agricole dont la présence constitue une opportunité, ce qui sous entend que les paysans aimeraient voir leurs rôles se renforcer ; il s’agit ainsi des offices de développement rural, la chambre d’agriculture et les tribunaux, l’observatoire des marchés agricoles, les stations de recherche agronomique comme celle de Diré ou de structures traditionnelles possédant aussi des compétences en la matière comme les conseils de sages.

Une autre série d’opportunités est incarnée par la présence de partenaires tels que les services techniques, les ONG, les banques ou les caisses associatives dont l’appui aux paysans peut se traduire par le soutien à des activités de crédit, de renforcement de capacités ou à l’appui institutionnel ciblé (par exemple à destination des jeunes ruraux). En termes de mobilisation des ressources et d’appui institutionnel, les concertations ont mis en évidence la nécessité de renforcer les liens avec ces acteurs pouvant intervenir de manière positive dans l’édification du monde rural de demain.

Les structures et les services au monde rural

Enfin, les concertations ont permis de rendre compte de la présence d’un certain nombre de structures matérielles sans lesquelles un développement du monde rural ne saurait être optimal. Il s’agit par exemple des structures et bâtiments relevant du domaine de la santé comme les CSCO ou les ASACO dont la présence est d’autant plus nécessaire qu’il n’existe pas de véritable système de sécurité sociale, des entreprises du milieu rural qui peuvent lui conférer une certaine autonomie en matière de fabrication d’équipements (ateliers de fabrique) ou de production de semences et d’intrants (phosphates, fumure organique, profeba, huicoma...) ou encore d’organisations particulières comme les OP (pépiniéristes, pêcheurs, éleveurs...) et les associations constituées par les ruraux (par exemple l’association des producteurs de semences). Ces organisations et structures matérielles fournies le plus souvent par les paysans eux-mêmes apportent la preuve de l’engagement des acteurs du monde rural à développer leur milieu et démentent tout discours qui tendrait à démontrer que le monde rural serait passif et dépendant des soutiens extérieurs.

Les opportunités sont bel et bien là et offrent des perspectives intéressantes de dynamisation de l’agriculture.

Conclusion

Au terme de cette analyse, deux remarques s’imposent.

Il faut d’abord mettre en exergue le fait que dans certains cas l’expression des opportunités lors des concertations paysannes a permis de démontrer l’existence de la quasi-totalité des éléments qui permettrait de moderniser et dynamiser le monde rural. Si l’on prend par exemple le cas du développement des ressources animales, il est frappant de constater que, d’un bout à l’autre de la chaîne, tous les éléments de base nécessaires au développement de ce secteur sont présents : la disponibilité du cheptel, l’existence de terres, de possibilités de transformation (cuir, lait...), de marchés, de la loi portant charte pastorale et de la volonté des paysans de respecter cette loi et les conventions locales régissant les activités d’élevage. Finalement l’expression des opportunités permet de se rendre compte qu’il ne manque que la présence de l’Etat et de la LOA pour mener à bien le développement des milieux ruraux. En effet, il ne manque, dans le cas des productions animales, que les services qui peuvent trouver une solution dans l’élaboration d’une véritable politique agricole malienne : régler les problèmes d’insécurité et de divagation, faire respecter l’application de la charte pastorale et mettre en place un véritable schéma d’aménagement pastoral, décider d’une politique de crédit incitative et créer des infrastructures modernes et essentielles au développement des productions animales telles que des pharmacies vétérinaires ou des abattoirs frigorifiques. Rien que les paysans puissent faire eux-mêmes sans le soutien des autorités publiques.

C’est dans ce sens que l’expression des opportunités par les paysans doit être prise en compte par le législateur.

La seconde remarque, plus brève, consiste à mettre en garde contre la généralisation des opportunités et à inciter à un certain relativisme, compte tenu des disparités régionales au Mali. Ainsi, si la concertation de Diré a pu mettre en évidence la disponibilité de pâturages, il faut remarquer que les concertations de Kadiolo ou de San ont déploré ailleurs l’insuffisance d’espaces ou les problèmes de surpâturages.

Réalisé par Alexandre Foulon, Axe Formation

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